La démarche

À propos de la compagnie...

Le Théâtre des Silences est une compagnie qui trouve que le monde fait beaucoup de bruit, qu'il ferait mieux de se taire, ou d'aller se chercher des langues un peu nouvelles. Il est temps, à notre sens, que l'art du mime, avec son vocabulaire propre, fasse son entrée, en tant que tel sur les plateaux, et non comme variante du théâtre, ou du cirque, même nouveau. Notre démarche tend à rendre plus populaire cet art bien souvent étiqueté d'avance par quelques clichés figés de silences et d'ennuis, en trouvant notre propre direction de l'acteur mime.
Le Théâtre des Silences a été créé en 2005 par d'anciens élèves de M. Marceau et a été rejoint depuis par d'autres artistes fascinés par le travail corporel.
L'idée phare de notre compagnie est de rechercher des formes de narrations alternatives, raconter nos histoires, avec le (les) corps seul(s) en mouvement. Nous sommes des amoureux du corps narratif.
Notre formation de mime nous a transmis la rigueur du geste, l'intention poétique, le lyrisme, la décomposition corporelle, le sens de l'histoire inventée par un corps (le mimodrame), une technique scénique d'une richesse inestimable.
Sans le renier, nous cherchons à élargir l'univers du mime, en prenant en considération nos valeurs artistiques, en trouvant notre propre direction de l'acteur silencieux : donner vie à une histoire, sans autre texte que le langage universel du corps.
Au Théâtre des Silences, l'acteur mime est comique, plus clownesque, et cependant techniquement dans l'exacte lignée de nos maîtres enseignants, Decroux et Marceau.
Si la compagnie trouve ses sources dans l'art du mime au sens large, elle n'a donc cessé d'explorer toutes les pistes du spectacle vivant, qui donnaient un monde à ces personnages solitaires : clown, bouffon, musique.
Nous n'avons jamais souhaité que le travail corporel, extrêmement exigeant, aboutisse à une performance, simple représentation de prouesses techniques. Dans les différentes créations de la compagnie, la maîtrise corporelle du mime est au service d'une narration. Il s'agit de raconter une histoire, au-delà des mots, par la seule force du geste et de l'imagination, avec le vocabulaire tout particulier de l'acteur mime.
Théâtre des Silences, donc. Non pour défendre à corps perdu l'infinie dignité d'un silence un brin autiste, qui préserverait la pureté originelle du geste. Mais parce que le silence est, à nos yeux, pluriel par la richesse de ce qu'il peut exprimer, par la latitude qu'il laisse à l'imaginaire. Le réel ou le fantastique, la comédie ou la tragédie, le quotidien ou l'extraordinaire ne sont pas l'apanage du verbe.
Le corps, les mouvements et les rythmes constituent un langage à part entière et peuvent transporter le public dans des univers multiples, que la parole dirait, certes, mais autrement : il s'agit de dépasser la simple communication verbale, ou l'utilisation ronflante de textes d'auteur, pour surprendre le spectateur dans un univers improbable.

 

Le Théâtre des Silences

Vu par Christophe Simonato



C'est ici qu'intervient naturellement toute l'énergie, l'exubérance et la folie du clown. Loin des sentiers balisés du cirque traditionnel, l'univers du clown nous a permis d'élargir notre travail scénique, à travers l'usage du grommelot, des borborygmes, de la liberté de faire "scandale", de faire rire.
L'art du mime et l'art du clown se sont ainsi rencontrés pour permettre à nos spectacles de ne jamais oublier de rester "vivants" - ouverts au déséquilibre, à l'improvisation, à la rencontre avec le public.
La musique, peu à peu, est devenue un personnage à part entière dans nos créations, nous permettant de briser le mur qui sépare le silence de la vie ordinaire. Connue pour soutenir le jeu, sans jamais l'illustrer ou le paraphraser, elle donne un corps sensible à l'univers du mime.
A notre sens l'artiste musicien se doit d'être présent sur scène, la musique de nos spectacles doit être vivante ("live", dirait-on) - les bandes-son, véritables carcans, ne permettent aucune liberté et imposent un tempo quasi mécanique ; notre travail nous conduit " l'inverse " des improvisations communes, où l'écoute et la prise de risques priment la facilité.
Ces apprentissages et recherches divers nous conduisent à affiner sans cesse le sens de notre démarche artistique : inscrite dans la grande tradition du mime, techniquement fidèle à nos maîtres, largement nourris par le clown et le bouffon, et par nos rencontres et échanges artistiques ...
Pour inventer un nouveau langage, porté par l'humour et le rire, et accessible à tous les citoyens du monde.